Chers lecteurs,

La semaine dernière est sorti dans les salles obscures le dernier volet cinématographique de la saga Star Trek. Il s’agit d’un second volet depuis le reboot de 2009 (mais le 12è si on garde la chronologie des anciens films). Comme le précédent, il est réalisé par JJ Abrams (celui qui tient dans ses mains le futur de la saga Star Wars).

Je vais essayer de vous en parler sans spoilers (les spoilers seront tout à la fin et ce sera bien marqué qu’ils sont là donc pour l’instant lisez sans crainte). Je tiens également à vous préciser que je ne suis pas un spécialiste de l’univers Star Trek ayant plutôt grandi dans la galaxie des Jedis, Wookiees et autres Ewoks. Vous voilà prévenu.

Revenons d’abord sur le pitch officiel du film :

Après que l’équipage de l’Enterprise se retrouve face à une menace venant de leur propre camp, le capitaine Kirk dirige une chasse à l’homme en zone de guerre pour capturer un homme, arme de destruction massive à lui tout seul.

Ca promet du grand spectacle. La film s’ouvre sur une course poursuite et c’est parti pour 2h intenses. Commençons par le casting. Chris Pine reprend ici le rôle du capitaine James Tiberius Kirk et même si l’acteur n’est pas mauvais, il n’a pas à le charisme suffisant pour jouer un personnage tel que Kirk. Zachary Quinto renfile les oreilles de Spock et se prête bien à l’exercice, le côté stoïque et logique du personnage est très bien rendu. On regrettera tout de même que le seul aspect de la logique vulcaine mis en avant dans ce personnage est le respect obsessionnel des règlements de Starfleet. Zoe Saldana incarne toujours très bien Nyota Uhura même si entre la série originale et le film, celle-ci est passée d’officier des communications à traductrice universelle qui a fait klingon en initiation à la fac. Et j’ai souvent trouvé que Anton Yelchin surjoue son rôle de Pavel Tchekov avec son accent russe trop faux pour être vrai.

Pour moi les personnages les plus fidèles à l’oeuvre originale sont le Dr « Bones » McCoy (Karl Urban), Hikaru Sulu (John Cho) et Scotty (Simon Pegg). Bones passe son temps à râler et à s’embrouiller avec Spock, Scotty se plaint sans cesse de ce qu’on l’on fait faire à l’Enterprise tant il est attaché à son vaisseau et Sulu a déjà la carrure pour commander un vaisseau.

Star Trek Crew

L’équipage original (en haut) et celui du reboot avec JJ Abrams au centre (en bas)

L’antagoniste principal du film répondant au nom de John Harrison est interprété avec brio par l’excellent Benedict Cumberbatch, acteur britannique héros de la série Sherlock de Steven Moffat. Froid, calculateur et très charismatique, il a tout du méchant de science fiction.

lens-flare-everywhere-toy-story-meme

Si l’action du film est très bien rythmée, les effets spéciaux fantastiques et la musique envoûtante, les vices de réalisation de JJ Abrams sont toujours là. Du lens-flare à foison qui rend limite épileptique surtout si vous voyez le film en 3D. Pour info, le lens-flare est un effet cher à Abrams qui consiste à créer des halos lumineux. Voilà un exemple :

Spock Lens Flare

Venons maintenant au sujet qui fâche : le scénario. Pour résumer, on dira que c’est cousu de fils blancs. De nombreux lieux communs, des scènes vues et revues et de l’hommage à foison aux anciens films tellement présent que ça ressemble plus à du pompage pour meubler.

Ce film est donc à voir mais à ne pas prendre non plus comme un monument de la science fiction, loin de là. Si vous voulez du bon Star Trek en film, je vous recommande plutôt Star Trek 2 : La Colère de Khan, et celui qui pour moi est le meilleur Star Trek de tous les temps, Star Trek 6 : Terre Inconnue avec ses klingons, ses complots et ses héros au meilleur de leur forme (notamment George Takeï/Sulu aux commandes de l’USS Excelsior).

A partir de maintenant, il va y avoir des spoilers alors si vous voulez garder la surprise, passez votre chemin chers lecteurs.

Spoiler alert

Voilà si vous êtes encore là c’est que vous avez vu le film ou bien que les spoilers ne vous dérangent pas.

Ce film aura quand même réussi à me surprendre par deux fois. Tout d’abord l’apparition des Klingons étaient une très bonne surprise et leur design est plutôt intéressant même si c’est assez déstabilisant de les voir couvert des pieds à la tête d’une armure et d’un casque car cacher son visage à la bataille n’est normalement pas bien accepté dans la tradition klingon.

john-harrison-kirkL’autre surprise de taille est celle de l’identité réel du méchant, John Harrison. Il ne s’agit de nul autre que Khan Noonien Singh, un antagoniste majeur de la série originale et du film Star Trek 2 : La Colère de Khan. Mais le personnage campé par Cumberbatch n’a que de Khan que le nom et la force. Ses motifs sont douteux et peu clairs. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, Khan est un genre de super-humain venant des guerres eugéniques du 21è siècle. Il est resté congelé un petit moment et le méchant Amiral Marcus de Starfleet l’a dégelé pour se servir de lui, liant son obédience en conservant les corps de ses 72 camarades toujours surgelés.

Le but de Khan est de récupérer ses 72 potes. Dans ce cas, on se demande pourquoi il fait tant d’efforts pour éliminer l’état major de Starfleet et semer le chaos sur Kronos en massacrant allègrement des klingons par douzaine. Si le Khan de la série originale était certes déjà très fort, le Khan version 2013 est tellement fort que même lorsque Kirk lui assène une avalanche de coups, il ne bronche pas. Pareil lorsqu’il se prendra un coup de phaser.

Praxis détruireLes autres points qui m’ont fait tiquer sont en rapport avec la chronologie et l’univers de la série originale Star Trek. Commençons par les klingons.  Si en effet au 23è siècle, les tensions entre la Fédération et l’Empire sont très fortes, jamais un amiral de Starfleet n’enverrait son meilleur vaisseau (l’Enterprise) risquer la destruction dans l’espace klingon. Lorsque l’on aperçoit Kronos pour la première fois, on découvre sa lune explosée. Il s’agit de Praxis, qui a bien explosé dans la chronologie originale. Cependant, l’explosion de Praxis a lieu à la fin du 23è siècle alors que l’équipage de l’Enterprise est proche de la retraite (voir Star Trek 6 : Terre Inconnue). De plus, l’explosion de Praxis (et la pollution de l’atmosphère de Kronos) est l’évènement qui a rapproché l’alliance entre les klingons et la Fédération des Planètes Unies, ouvrant ainsi la voix aux Klingons dans Starfleet (on pense notamment à Worf). Erreur de chronologie, irrespect de l’oeuvre originale ou simple clin d’oeil pour les fans ? Je sais bien que ce Star Trek est un reboot mais par un reboot complet. En effet, la chronologie a dévié de l’originale à la naissance de Kirk et avec l’arrivée de Nero depuis le futur et la destruction de l’USS Kelvin. Les klingons ne devraient pas être affectés par cette divergence temporelle (alors que les pauvres vulcains en ont fait les frais).

Et puis c’est quoi ce phaser pourri et ce besoin de traduire vocalement ? Normalement au 23è siècle, les phasers permettent déjà de désintégrer et les traducteurs universels existent. La variation de la chronologie a-t-elle également influencée l’évolution technologique ? Peu probable tout de même.

Et d’ailleurs, qu’est-ce que c’est que ces villes qui ressemblent à Coruscant ? Pas très trekkien tout ça.

star-trek-carol-marcus-kirk-spockIl y a aussi un gros problème dans les distances en téléportation, en communication et en voyage spatial.

Déjà comment se fait-il que Khan puisse se téléporter depuis la Terre vers Kronos ? (qui est genre vachement loin quand même) On sait que la technologie trans-warp inventée par Scotty dans le futur et rapportée par le vieux Spock permet de se téléporter depuis une planète vers un vaisseau dans un système proche mais de là à aller de la Terre à Kronos faut pas pousser mémé dans les orties quoi.

Fait surprenant, en utilisant son communicateur Kirk parvient depuis l’orbite de Kronos à passer un coup de fil à Scotty qui est tranquillement en train de se bourrer la gueule dans un pub de San Fransisco…

Enfin la vitesse du voyage spatial est complètement dingue. En quittant Kronos avec le vaisseau de Marcus (l’USS Vengeance) a ses trousses, l’Enterprise se fait sortir de la distorsion moins de 5 minutes après être parti (si si je vous jure, les personnages ont à peine eu le temps de discuter) et boum, on arrive en orbite de la lune. Donc soit l’univers a rétréci, soit la distorsion dans Star Trek Into Darkness c’est la porte des étoiles.

Le personnage de Carol Marcus, campée par Alice Eve, est complètement inutile. C’était sûrement pour introduire sa future relation avec Kirk et jouer sur le côté la fille du méchant qui bosse avec les gentils, tout ça tout ça. Et puis même si elle est très canon, qu’elle est l’intérêt de son espèce de strip tease avec McCoy pour aller désamorcer la torpille ? J’ai pas bien compris ce que ça foutait dans un Star Trek.

Alice Eve /Carol Marcus

On remarquera aussi que d’après ce film, l’équipage de l’Enterprise n’est quasiment composé que de Kirk, McCoy, Spock, Uhura, Sulu et Tchekov. La preuve, Scotty aussitôt limogé, c’est Tchekov qui prend sa place dans la salle des machines et en enfilant une chemise rouge, il devient mécanicien comme par magie.

En bref, j’aimé ce film pour ses effets spéciaux sublimes, son action rythmée et l’univers de Star Trek (bien que souvent incohérent avec les oeuvres originales) mais le scénario est pauvre et bourré d’incohérence et de lieux communs. A voir donc mais ne vous attendez pas au film de science fiction de l’année.